LA KORA

HISTOIRE DE LA KORA...

Origine et histoire de la Kora

 

La kora, née au Gabu (ou Ngabu, actuellement en Gambie), est un instrument unique de l'Afrique de l'Ouest. Véritable hybridation entre la harpe et le luth, elle est l’un des cordophones les plus élaborés et les plus riches en harmoniques.

 

Une origine controversée

 

L’histoire de la kora est source de débats et de mystères. Différents récits, qu’ils proviennent de djélis ou d’ethnologues, avancent des dates variées pour la naissance de la kora, allant du 13e au 18e siècle.

 

Un témoignage célèbre est celui de Mungo Park, le chirurgien et explorateur écossais, qui, en 1795, entreprit un voyage à la recherche des sources du fleuve Niger. Dans son ouvrage Voyages à l’intérieur de l’Afrique (1799), il mentionne "une grande harpe à 18 cordes", qu'il appelle "korro". Est-ce la kora, un ancêtre ou un instrument intermédiaire ?

 

Selon plusieurs chercheurs, la kora telle que nous la connaissons, avec ses 21 cordes, aurait vu le jour à la fin du 17e ou au début du 18e siècle, à l’époque des princes guerriers du royaume de Gabu. Depuis, elle se serait répandue dans tout le Mandingue.

 

D'autres spécialistes, comme le musicien et ethnomusicologue sénégalais Ousmane Sow Huchard, avancent que la kora aurait émergé au 19e siècle, rendant son origine encore plus complexe à dater.

 

La kora, l'instrument des djélis

 

La kora est avant tout l'instrument des djélis (ou griots), ces maîtres de la parole et de la musique en Afrique de l'Ouest. Elle est jouée par plusieurs grandes familles griotiques, telles que les Sissoko, Suso, Diabaté, Jobarteh, Kouyaté, Kanouté, Tounkara, Konté et Kanté. Selon certaines sources, la kora aurait été originellement pratiquée par les Socés et les Khassonkés.

 

Les griots (ou djélis) sont les dépositaires de la tradition orale et de l’histoire. Dans une société où l'écriture était absente, ils jouaient un rôle crucial dans la transmission des récits historiques, des généalogies, des arts oratoires et des savoirs musicaux. Chaque famille de djélis est liée à une famille de rois-guerriers appelés diatigui. L’un ne peut exister sans l’autre. Cette relation symbolise l'indissociabilité du griotisme et de la royauté dans les sociétés mandingues.

 

Le système des castes et la transmission des savoirs

 

Les griots faisaient partie d’un système de castes bien structuré. Chaque caste représentait une profession essentielle à la cohésion de la société : forgerons, cordonniers, cultivateurs, tisserands, chasseurs et bien sûr, les griots. Cette organisation était rigide : on ne pouvait pas changer de caste, et les mariages entre castes étaient interdits. Les enfants de griots étaient formés dès leur plus jeune âge aux pratiques et aux savoirs de leurs ancêtres, souvent par des anciens de la famille.

 

Aujourd'hui, avec l'exode rural, l'émigration et la mondialisation, beaucoup d'enfants de griots n'ont plus accès à ces savoirs ancestraux.

 

Les différentes fonctions du korafola

 

 

Traditionnellement, la kora est jouée lors d’événements joyeux comme les naissances, les mariages, mais aussi lors des rencontres où les korafolas (joueurs de kora) s'affrontent en démontrant leur virtuosité. La kora accompagne également les récits des djélis, ces conteurs qui narrent l’histoire et les exploits des ancêtres.

 

Le korafola peut être un simple instrumentiste, ou également un chanteur, accompagné de sa ou de ses épouses, qui deviennent chanteuses secondaires, ou d’un autre djéli. Lors de ces rencontres, les korafolas échangent souvent en un dialogue improvisé, où la musique se fait langage.